Des clés pour renouveler les discours autour de l’euskara, du global au local
Le Cours d’été transfrontalier organisé le 2 juillet à Bayonne a abordé la résonance sociale des discours autour de la promotion de l’euskara, en s’appuyant sur l’expérience menée en Navarre et en portant une attention particulière à la réalité du Pays Basque nord.
Qu’est-ce qui suscite l’envie de vivre en euskara ? Comment parler de cette langue pour toucher non seulement celles et ceux qui se sentent déjà proches d’elle, mais aussi les personnes qui la perçoivent comme plus éloignée ? Et quels discours peuvent contribuer à renforcer sa revitalisation ?
Ces questions ont été au cœur du cours « Du global au local : un regard sur les discours dans les contextes de revitalisation » (Globaletik lokalera: biziberritzen ari diren inguruko diskurtsoei erreparatzen), organisé le 2 juillet à la Cité des Arts de Bayonne, dans le cadre des Cours d’été transfrontaliers, et qui s’est déroulé intégralement en euskara.
Le cours s’inscrit dans le cadre de la recherche menée conjointement par Eusko Ikaskuntza et l’association Plazara au Pays Basque nord. L’objectif est d’approfondir la connaissance des discours existants autour de l’euskara et d’identifier ceux qui suscitent le plus d’adhésion et d’acceptation sociale, en prenant comme référence l’expérience précédemment développée en Navarre.
Comme l’a expliqué Ana Urkiza Ibaibarriaga, présidente d’Eusko Ikaskuntza, il s’agit d’appliquer au Pays Basque nord une méthodologie qui a déjà produit des résultats intéressants en Navarre. La recherche s’inscrit toutefois dans une perspective plus large : à l’issue de cette phase, il est prévu d’étendre l’analyse à la Communauté autonome basque afin d’avancer, à l’horizon 2028, vers une vision d’ensemble des discours et de leur degré d’acceptation dans les différents territoires du Pays Basque.
La question de fond n’est pas seulement de savoir ce que nous disons de l’euskara, mais comment nous le racontons. C’est ce qu'a souligné Xan Aire Hasket, sociolinguiste et membre de Plazara : parler de discours ne signifie pas simplement prendre la parole en public, mais aussi observer la manière dont nous présentons notre langue à différents publics. La recherche cherche ainsi à identifier ce qui éveille l’intérêt et ce qui peut devenir un moteur pour vivre en euskara, y compris auprès de celles et ceux qui entretiennent aujourd’hui un rapport plus distant avec la langue.
Cette approche relie la réalité du Pays Basque nord à un enjeu beaucoup plus large : l’avenir de la diversité linguistique. Se demander pourquoi nous vivrons en euskara à la fin du XXIe siècle revient aussi à s’interroger sur les raisons pour lesquelles d’autres communautés continueront à vivre en quechua, en amazigh ou dans d’autres langues engagées dans des processus de revitalisation. C’est précisément dans ce dialogue entre les défis globaux et les réponses construites à l’échelle de chaque territoire que prend tout son sens la perspective « du global au local ».
De l’expérience navarraise à de nouveaux contextes
L’un des principaux points de départ du cours a été la recherche développée en Navarre, présentée par Carlos Vilches Plaza, sociologue et chercheur, et Xabier Erize, sociolinguiste. Tous deux ont apporté des clés pour comprendre comment étudier la résonance sociale des différents éléments discursifs liés à la promotion de l’euskara.
Vilches a notamment souligné l’intérêt d’une méthodologie associant des outils qualitatifs et quantitatifs. Le processus commence par laisser émerger les discours sans les enfermer au préalable dans des catégories prédéfinies. À partir des éléments les plus significatifs identifiés lors de cette première phase, un questionnaire est ensuite élaboré afin d’en mesurer la portée et le degré d’acceptation. Cette combinaison offre également la possibilité de transposer la recherche à d’autres territoires et contextes.
Erize a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’observer attentivement quels éléments de l’expérience navarraise trouvent un écho au Pays Basque nord et lesquels correspondent à des réalités différentes. Dans un contexte marqué par des évolutions politiques et sociales, disposer d’une base empirique solide est particulièrement important pour comprendre le sens des discours et l’évolution des attitudes à l’égard de la langue.
Iñaki Martinez De Luna, coordinateur du projet Euskararen Biziberritzea Araban d’Euskaltzaindia et président de Garabide, a également contribué à cette réflexion en partageant certains des enseignements accumulés ces dernières années autour des discours liés à la revitalisation linguistique.
Des regards croisés pour repenser la manière de parler de l’euskara
Le cours a réuni des perspectives sociolinguistiques, sociales et créatives afin d’élargir la réflexion sur les discours et leur capacité à entrer en résonance avec la société. Alex Filiatreau, créateur d’Apitropik, a apporté le regard de l’innovation et de la création, tandis qu’Eneko Gorri, de Plazara, et Marie Heguy-Urain, de l’Eurorégion, ont abordé les discours autour de l’euskara à partir de la réalité sociale du Pays Basque nord et d’une question particulièrement importante : à qui nous adressons-nous et que lui racontons-nous ?
Le regard des sciences sociales a été porté par Elena Casiriain Iturriria, liée à EHU/Toulouse Jean Jaurès et au Conseil de développement du Pays Basque nord, et June Telletxea Franco, enseignante à EHU, lors d’un échange animé par Kimetz Perez Harispe, membre de Plazara.
La dimension participative a également permis de prolonger ces réflexions par l’identification d’éléments de discours susceptibles de susciter une plus grande résonance, avec Xan Aire Hasket et Hélene Charritton, formatrice de Plazara.
Au final, ces différentes perspectives ont permis d’aborder une même question : comment construire des discours autour de l’euskara capables d’entrer en résonance avec une société diverse ?
Car la revitalisation d’une langue ne dépend pas uniquement du nombre de locuteurs et locutrices ou de ses domaines d’usage. La manière dont nous la racontons, les valeurs auxquelles nous l’associons et notre capacité à susciter l’adhésion, l’intérêt et l’envie de s’en rapprocher comptent également.
C’est là que réside l’un des principaux défis ouverts par cette réflexion : trouver des manières de parler de l’euskara qui puissent entrer en résonance avec des sensibilités diverses et contribuer à élargir les espaces — sociaux comme personnels — dans lesquels choisir de vivre en euskara.